Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme: 18 Juin 2014

FIDH_pinar_selekLe gouvernement lao doit résoudre de manière urgente la question des droits fonciers et protéger les défenseurs des droits fonciers et droits de l’environnement, ont déclaré la FIDH et son organisation membre, le Mouvement Lao des Droits de l’Homme (MLDH).

Les deux organisations ont lancé cet appel dans leurs recommandations adressées au Conseil des droits de l’Homme en vue du deuxième Examen Périodique Universel du Laos, qui doit se tenir en Janvier-Février 2015 à Genève, en Suisse.

« Les graves violations en matière des droits fonciers, la mauvaise gestion du gouvernement laotien et la corruption ont créé une nouvelle classe de pauvres dans les zones rurales. Tant que des lois ne seront pas appliquées correctement, les citoyens laotiens resteront des cibles vulnérables face aux violations des droits fonciers » a indiqué le président de la FIDH, Karim Lahidji. « Il est urgent de mettre en place un cadre juridique cohérent pour l’approbation et la gestion des concessions. Le gouvernement laotien doit réformer la gouvernance des terres afin de garantir une totale transparence et responsabilisation dans le processus de décisions ainsi que la participation des citoyens », a-t-il exhorté.

L’attribution continue de baux fonciers à long-terme et de concessions aux investisseurs nationaux et étrangers s’est traduite par une confiscation massive des terres sans indemnisation adéquate. Des villages tout entiers ont été contraints de quitter leurs terres, ce qui a entrainé des répercussions négatives sur les moyens de subsistances pour leurs habitants. Sur les 115 recommandations approuvées par le gouvernement laotien lors de son dernier EPU en mai 2010, 14 appelaient le gouvernement à poursuivre ses efforts pour éradiquer la pauvreté, garantir un développement durable, et améliorer le niveau de vie, en particulier dans les zones rurales et les régions éloignées. Cependant, l’attribution de baux fonciers et de concessions à grande échelle par le gouvernement laotien a des conséquences lourdes et considérables sur les droits humains, en contradiction avec les engagements pris par le Laos lors de son dernier EPU.

Au cours des quatre écoulées, le gouvernement de la RDPL n’a pris aucune mesure pour remédier aux graves problèmes concernant les droits fonciers, détaillés dans les recommandations conjointes de la FIDH et du MDLH pour l’EPU. De plus, le gouvernement a harcelé, menacé et emprisonné arbitrairement tous ceux qui exprimaient leurs doléances, y compris les défenseurs des droits fonciers et droits environnementaux. La volonté du gouvernement de supprimer toute sorte de dissidence a touché les villageois et les activistes qui protestaient contre les effets néfastes des projets d’investissements impliquant l’attribution de baux fonciers et de concessions. Les autorités laotiennes ont également harcelé, menacé et emprisonné arbitrairement les fermiers et activistes qui demandaient justice et réparation pour l’accaparement des terres.

Le gouvernement a également pris pour cible les défenseurs de droits de l’Homme qui travaillent avec les communautés touchées par le problème des concessions de terres et préconisent un développement socio-économiques plus durable et solidaire.

L’exemple le plus frappant est la disparition de l’éminent leader de la société civile et défenseur des droits de l’Homme, M. Sombath Somphone. Sombath a été aperçu pour la dernière fois le soir du 15 décembre 2012 à Vientiane. Les caméras de télévision en circuit fermé (TVCF) ont montré que la police avait arrêté la voiture de Sombath au poste de police. Quelques minutes après son arrestation, des inconnus l’ont forcé à monter dans un autre véhicule et sont repartis. Les enregistrements de la TVCF ont montré que Sombath avait été emmené en présence d’officiers de police. Cet élément conforte l’hypothèse d’une complicité du gouvernement dans la disparation de Sombath Somphone.

Sa disparition n’est pas un cas isolé. A ce jour, le sort des 10 autres activistes militant pour le respect des droits de l’Homme, la démocratie, et les droits fonciers et droits environnementaux demeure toujours inconnu.

Le 2 novembre 2009, les forces de l’ordre ont emprisonné arbitrairement à différents endroits du pays, neuf personnes, deux femmes et sept homes, qui planifiaient d’organiser des manifestations pacifiques pour appeler à la démocratie, à la justice et au respect des droits fonciers. Le gouvernement a toujours refusé de donner des informations sur le sort de ces neuf personnes.

Nous sommes également sans nouvelle de M.Somphone Khantisouk, propriétaire d’une guesthouse promouvant l’écotourisme et critiquait ouvertement les projets d’agriculture soutenus par la Chine, qui détruisaient l’environnement dans la province de Luang Namtha , située dans le Nord du pays. Il a disparu après avoir été enlevé par des hommes en uniforme en janvier 2007.

« L’incapacité persistante du gouvernement à protéger les défenseurs des droits de l’Homme comme Sombath Somphone est en total rupture avec son aspiration à devenir membre du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU », déclare la présidente du MLDH, Vanida Thephsouvanh. « Tant que le gouvernement laotien ne mènera pas d’enquêtes sérieuses sur ces disparitions et tant que les auteurs de ces crimes ne répondront pas de leurs actes, la communauté internationale doit s’opposer à la volonté de Vientiane d’intégrer le Conseil des droits de l’Homme », a-t-elle exhorté.